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Titre du blog : Nos P'tites Etoiles
Auteur : Anges
Date de création : 08-05-2009
 
posté le 08-05-2009 à 21:51:53

Faire le deui de son enfant

Le deuil, un long fleuve...


Le deuil prend sa source au pied du choc, quand la vie connaît son plus grand bouleversement, quand tout chavire en une seconde. "La vie ne tient qu'à un fil", si seulement les gens savaient combien cette phrase est juste et pleine de sens, si seulement j'avais su avant... Mais on prend toujours conscience des choses essentielles quand il est trop tard. Le deuil nous a déjà happé et entraîné avec lui dans des flots de larmes... Notre Enfant nous a quitté...


"Tout est fini" c'est la phrase choc, celle qui reviendra en boucle dans les jours les plus sombres, celle qui s'immiscera jusque dans les journées où la vie semble reprendre son cours. C'est LA cicatrice impansable, pourtant invisible mais si destructrice. Elle est violente dans ces termes, nous amène et nous force à prendre conscience du changement... "Tout est fini" ne signifie pas seulement que la Vie de notre enfant s'est éteinte, elle signifie également que l'existence que nous menions jusqu'à présent s'achève aussi, que ce que nous étions hier ou même il y a quelques heures, n'existent plus... "TOUT" est fini ! Mais il faut un certain temps pour se rendre compte à quel point la blessure est grande et encore plus de temps pour la voir s'étendre...

L'état de choc dure quelques heures, quelques jours, selon les personnalités, pour nous le choc a duré une demie journée. 10 ou 11 heures plus exactement. C'est le temps qu'il s'est écoulé entre l'association des mots "Mort" et "Votre Enfant" et l'instant où nous retrouvons notre appartement sans Lui... Le choc dure le temps que l'on se voile la face. On aimerait qu'il dure toute une vie, la phase d'après est tellement plus inhumaine...


Parce que Oui il y a pire qu'entendre "Votre enfant est décédé", il y a pire que de le voir étendu sans vie... Le pire c'est de s'entendre soi-même annoncer la mort de son Enfant, et pire encore, c'est de ne plus voir le corps de son bébé... La douleur va crescendo pendant que notre moral, lui, s'enterre un peu plus... Le cauchemar commence réellement quand on se retrouve face à une Vie qui ne nous appartient plus : l'appartement qui nous renvoie l'image du passage de notre Bébé, le lit vide, les vêtements fraîchement lavés, les biberons secs et ceux à nettoyer... Puis il y a les courriers, ceux pour nous féliciter suite à la réception du faire part envoyé avec deux semaines de retard, ceux des publicités qui nous offrent des bons d'achats pour tester des produits de puériculture... Il y a ces gens que l'on croise et qui nous demande des nouvelles de notre Petit Bout, et à nous de leur répondre qu'il est au cimetière, six pieds sous terre et qu'on ne sait pas pourquoi... Annoncer encore et encore la nouvelle me fait la même sensation que d'ingérer un aliment que je déteste par dessus tout, sauf que c'est la mort de mon fils que je ne digère pas et que ça c'est définitif...


Irrémédiable, incontournable, insurmontable... J'ai cherché des solutions pendant des nuits entières, je me suis creusée la tête et abîmer l'esprit en essayant de trouver une solution, ce n'est pas possible, il y avait certainement quelques chose que je puisse faire pour changer le cours des choses, forcément... Mais j'en revenais à ces mots : Définitif, irrémédiable... Des mots qui nous renforcent dans notre profond chagrin et qui nous mettent sur les frontières de la folie... C'est une douleur à hurler que de se savoir impuissant et démunis de tout... C'est indescriptible... Mais ces longues nuits qui ont suivi le "choc" je me suis retournée dans mes draps des centaines de fois, j'ai refais ma vie avec des Si, j'ai cherché les erreurs, je me suis même dit "et si ce n'était qu'un rêve?' Mais comment aurai-je pu seulement imaginer un tel cauchemar ? C'est impensable, mon conscient n'acceptait déjà pas les choses alors comment l'inconscient aurait-il pu monter tout cela de toute pièces ? Malgré tout on espère que pendant notre sommeil la normalité va revenir. Malheureusement on ne dort pas, on compte les heures qui commencent à nous séparer un peu plus de notre Enfant, et on se rend compte progressivement de la dimension du mot "définitif". Quoi que je fasse et quoi que j'imagine la réalité reste la même, je dois apprendre à vivre sans Lui ou... ou alors je dois mourir. Le choix est restreint et toutes les possibilités ne sont pas aussi tentantes...


Mon choix premier n'était pas d'accepter l'inacceptable, j'avais choisi la voie la plus simple et la plus directe sauf que là encore je me suis retrouvée devant mes limites. Mon fils est mort alors qu'il ne demandait qu'à vivre et moi je dois rester ici contre mon gré... Alors il faut se résigner à défaut de pouvoir se rebeller...


Petit à petit son prénom se fait moins entendre, je parle de Lui en employant ce mot qui rassure tout le monde : Ange. Si je parle de mon Enfant au présent les regards en face de moi se font inquiets et soupçonneux, dans leur esprit je sens l'interrogation, certains me reprennent même en me disant "non était, Il était..." au cas où j'oublierai qu'Il n'est plus... Alors on se plie déjà à conjuguer les verbes au passé, ça peut paraître anodin pour n'importe qui, mais parler de l'incarnation de son futur au passé est une épreuve terrible qui nous met une fois de plus devant les faits !

Chaque jour on a besoin de témoigner, prononcer ce prénom qui nous est si cher, si tendre, décrire ce Petit Homme empli d'amour, parler encore et toujours pour ne pas qu'il tombe dans l'oubli, regarder les photos, les user du regard pour ne pas voir son visage s'effacer... Et ce dire que tout "ça" c'est du passé...


Accepter, adopter son deuil qui est un compagnon forcé. On peut se révolter contre lui et tenter de le nier, on peut lutter contre lui pour essayer de l'abattre, on peut le cacher pour le rendre discret... le deuil se laissera faire silencieusement jusqu'à son prochain réveil qui viendra nous rappeler que pour l'instant c'est lui qui tient les rênes de notre vie et que malgré toute notre énergie à le repousser il va falloir faire la paix avec cet inconnu chargé de tristesse et d'incompréhension...

Le deuil m'accompagne dans tous mes faits et gestes, il est ma pensée, ma réflexion, ma distraction. Je me couche avec, il perturbe mes nuits et je me lève avec.. Fatiguée et lassée mais il faut continuer... Pas par courage comme la plupart des gens l'imaginent, simplement parce qu'on est résigné... La vie est ainsi faite, j'ai connu le bonheur, je connaîtrai maintenant, non pas le malheur, mais l'absence et le manque de ma source de bonheur.


Il y a quand même des moments répits, toujours trop courts, où notre Bébé est près de nous, on sent son Amour qui nous porte et qui nous guide, on ne sait pas pourquoi mais on sourit parce qu'on se persuade qu'il préfère ça aux larmes. Dans ces moment-là on ne trouve plus la vie injuste, non on la trouve belle malgré tout parce que malgré toute notre peine on a connu le pur Bonheur et on a enfin trouvé la définition des mots les plus simples : joie, bonheur, amour... C'est quand on a tout perdu que l'on imprègne le vrai sens des choses... C'est traître mais enrichissant, plein de leçons que l'on oubliera jamais c'est certain... "Tout est fini" oui tout est fini, mêmes les futilités qui nous parasitent l'existence, même ces gens que l'on pensait proche, même ces plaintes qui sont au final si peu de choses... Quand on commence à apprendre et à tirer des leçons de notre Maître Deuil, on commence à retrouver le contrôle de notre vie, à admettre que ces gens désenfantés et amputés d'une Vie c'est bel et bien nous et pas seulement des pantins qui subissent les épreuves les unes après les autres sans pouvoir rien faire...


La Vie reprend donc lentement son cours. Une voie fragile qu'il est facile de quitter... On s'égare encore souvent dans les fossés pour imaginer notre vie, si je m'étais levé plut tôt, si je n'étais pas allé travaillé, si je l'avais couché plus tard.. Si... On trébuche encore souvent sur des bouts de phrases qui viennent heurter notre si fragile équilibre, des parents qui se plaignent que leurs nuits sont trop courtes parce que interrompus dans leur sommeil ils sont fatigués, ... Je me serais coupée en deux pour vivre des nuits blanches et la varicelle, des coliques exténuantes et des séparations d'une nuit... Croiser des familles heureuses sur les voies de notre reconstruction fait résonner tout au fond de nous notre plus grand échec : celui d'avoir failli dans notre rôle de parents et d'être aujourd'hui privé de celui à qui on a transmis la vie. Même si le deuil avance et que le temps passe il y a toujours ces pensées qui rôdent et qui finissent par ranimer la source des larmes qu'on croyait pourtant asséchée tant notre corps s'en était vidé.


Jour après jour on avance, on profite différemment mais à coup sur plus intensément que n'importe qui d'autre. Tout paraît plus simple parce que débarrassés de nos angoisses inutiles on se pose moins de questions. Plus grand chose ne nous fait peur, après avoir connu la mort de son enfant, notre propre mort serait finalement acceptée comme un cadeau... Même si les attaches ici renaissent, il y aura toujours quelqu'un ailleurs que l'on est tenté de rejoindre. On flirte encore avec la folie quand notre corps tout entier réclame cet enfant disparu, quand nos mains pleurent la douceur de sa peau, quand nos bras s'ennuient du poids de son corps, quand nos yeux pleurent de ne plus le voir... Sans compter toutes ces choses qu'on pensait avoir le temps de voir venir et qu'on passera le restant de notre Vie à voir s'évanouir. L'esprit devient fou quand l'instinct animal de notre corps n'est pas satisfait et quoi de plus instinctif pour des parents que de pouvoir sentir, toucher, consoler et protéger son enfant ?


Le temps passe c'est certain, j'apprends chaque jour à vivre sans subir, mais le temps ne m'apprend pas à me sevrer de ce lien physique qui me manque cruellement. Le deuil ne me dit pas comment je dois faire quand je suis en état de manque et que ma raison ne trouve rien de sensé pour le calmer. Et malgré le temps qui passe je me demande encore pourquoi il n'est plus là ? Au nom de quoi je dois vivre sans lui ? Qui ou quoi décide un jour qu'une vie doit s'arrêter ? Qui a inscrit dans les veines de mon fils qu'il s'envolerait au bout de 31 jours de vie...


Le temps et le deuil ne me disent pas où est Théo et ce qu'il devient.... J'ai décidé d'apprendre les grandes leçons que nous enseignent le deuil simplement pour ne pas plier sous le poids des interrogations.

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