posté le 29-08-2009 à 20:22:04

Demain tu aurais eu 3 ans

Evalyna,

 

 

Depuis des mois, des années, je ressasse ton histoire. De cet instant où tu t’es annoncée, en passant par ces courtes semaines partagées jusqu’à ta naissance silencieuse…

 

Des souvenirs j’en ai finalement très peu et les mots me manquent souvent pour ne pas trahir les événements. J’ai parfois cette impression d’avoir tout oublié, de ne plus voir ton visage, de ne ressentir rien d’autre que cette douleur de t’avoir perdue. Mais j’ai le plus sûr et le plus fort de trésor pour garder ces moments si précieux…

Si tu étais auprès de nous tu l’appellerai « Papa ».

 

 

Il était là, toujours à mes côtés.

Depuis le début il m’a compris sans poser de question. Quand l’angoisse m’a gagné et qu’il a fallut partir précipitamment à la maternité il a agit sans dire un mot. Peut être avait-il lui aussi compris que quelque chose de mauvais se tramait ?

 

Il m’a été d’un grand soutien pendant ces longues heures à attendre.

 

Quand le doute était encore présent, quand ta vie n’était pas encore condamnée il me demandait d’y croire encore un peu, il nous promettait à tous les trois une vie sereine et remplie de bonnes choses. Il m’interdisait de penser au pire, même si comme moi il était conscient de la réalité. Il restait là, optimiste envers et contre tout et il puisait en lui pour ne pas flancher.

Ensemble nous t’avons parlé, ensemble nous t’avons demandé de t’accrocher encore un peu, ensemble nous t’avons donné tout notre courage pour que tu restes auprès de nous. Ensemble nous avons rêvé que tout irait pour le mieux et qu’il ne s’agissait que d’un cauchemar… Ensemble on y a cru, on s’est uni face à l’adversité mais notre combat nous l’avons perdu…

 

 

Le verdict tant redouté a fini par tomber. Les mots que l’on ne voulait pas entendre sont venus s’écraser contre nos têtes : tu allais nous quitter.

Tous ces espoirs que l’on gardait malgré tout se sont réduits en pièces brutalement. Une nouvelle fois il nous fallait renoncer à la Vie, renoncer à nos rêves, renoncer au bonheur. Une nouvelle fois dans notre petite existence de parents nous avons du nous avancer sur la route du deuil.

 

La chute a été immense, violente… La veille encore nous étions dans les projets, ceux pour ta chambre, ceux pour imaginer notre vie à trois, ceux pour rêver simplement d’un nouveau départ…

La descente nous a sonné, nous étions seuls dans cette chambre d’hôpital à l’étage maternité, nous entendions les nouveaux-nés pleurer tout à côté, les va et vient du personnel prêt à donner naissance à de nouveaux petits êtres et nous nous attendions la mort de notre bébé, notre fille tant désirée…

 

 

La nuit a été longue et courte en même temps. Ton papa m’a aidé à rester éveillée pour ne pas que la nuit nous vole nos derniers instants à trois. La fatigue nous gagnait, la tristesse nous envahissait mais il est resté auprès de moi, ses mains posées sur mon ventre à te sentir bouger, ses mots d’amour pour te rassurer et ses larmes qui trahissaient malgré tout ses rêves brisés.

 

Il m’a serré dans ses bras pour adoucir la douleur des contractions, et même si je m’étais promis de rester forte pour lui c’est sa main qui serrait très fort la mienne pour me transmettre tout son courage.

 

 

Quand les contractions sont devenues insupportables l’anesthésiste a fini par arriver. Alors que la douleur paralysait totalement mon esprit je savais combien ton papa devait souffrir à l’extérieur entre la vue de ces bébés fraîchement nés, la bonne humeur régnant dans ce service plein de vie et les passages incessant de ces nouveaux pères certainement tout sourires...

 

Une fois la péridurale posée il a enfin pu me rejoindre. Ces minutes sans lui qui m’ont parus durer une éternité ont finis de le décomposer. Mais nous le savions tous les deux, le plus dur restait à venir… Ce moment là nous avions insisté pour l’avoir afin que notre bébé ne souffre pas d’avantage. Nous avions du forcer un peu la main du médecin pour qu’il accepte d’endormir notre petite puce avant sa naissance et nous devions maintenant assumer cette lourde décision.

 

L’anesthésiste est revenu pour nous dire que tout était prêt. Seulement nous nous ne l’étions pas vraiment. La main de ton Papa ne voulait pas me lâcher et je n’étais pas prête à te voir t’envoler. Mais le travail se faisait maintenant très vite et il fallait agir rapidement si nous ne voulions pas que tu souffres plus au cours de l’accouchement. L’anesthésiste a tenté de nous rassurer en nous confortant dans notre choix mais ses mots étaient vains.

J’ai été emmenée dans cette salle très froide et le médecin t’a endormie. En quelques minutes ta vie s’est éteinte et la mienne s’est figée.

 

 

Je me suis sentie mourir en même temps que toi et quand ton papa m’a rejoint juste après son visage était tordu par la douleur. Depuis la veille nous nous étions efforcés de rester solide mais cette fois nous craquions ensemble. Cette douleur que l’on tentait de contenir depuis des heures a fini par prendre une forme inhumaine et à nous envahir de toute part. Et ta naissance est devenue imminente.

 

Ton papa était toujours là, toujours silencieux. Il t’a vu naître et disparaître dans les bras de la sage femme, il a cru t’entendre pleurer et quand nous nous sommes retrouvés tous les deux dans cette salle de travail le silence était insupportable. Tous mes sens étaient occupés à m’imprégner de cette naissance avec cette peur incontrôlable de tout oublier… Ton papa, lui, ne lâchait pas ma main et me tendait de temps en temps un nouveau mouchoir.

 

 

La sage femme est revenue pour te présenter à nous.

A cet instant j‘ai admiré le courage de ton papa. Alors que j’appréhendais cette rencontre et que je ne me sentais pas capable de te prendre dans mes bras ton papa n’a pas hésité.

J’ai cette image gravée en moi.

 

Celle de ce papa fier de pouvoir enfin rencontrer sa petite fille, de la prendre dans ses bras et de l’embrasser. L’image d’un papa attendri devant ce si petit bébé qu’il aimait tant et qu’il avait attendu avec beaucoup d’impatience. Je garde en moi ce souvenir intense où il te découvrait avec ses yeux embués mais chargé d’amour et de tendresse. J’aime me souvenir ce moment et oublier que derrière cette immense bonheur de faire enfin ta connaissance se cache une douleur toute aussi grande de te sentir inerte dans ses bras.

 

Et c’est encore lui qui m’a donné la force de te prendre dans mes bras, tout semblait si naturel pour ton papa… Il t’a présenté à moi comme il l’a fait avec ton grand frère… Il m’a donné de l’amour : Toi.

 

Nous étions réunis tous les trois dans cette pièce, le cœur serré à l’idée que ce serait la dernière et unique fois que nous serions tous les trois… Mais certains que ce rendez vous serait imprégné à jamais dans nos mémoires.

 

 

Quand je reparle de ta naissance avec ton Papa c’est comme s’il me redonnait la vue. Tous ces instants avec toi je les ai senti et ressenti au plus profond de mon corps. Lui était extérieur à notre bulle et son regard m’offre toutes les images qui me manquaient. Ses mots illustrent tout ce que je n’ai pas pu voir et il s’efforce chaque fois de me dessiner une rencontre magique au-delà de sa propre douleur.

 

 

Ma Petite Puce, ton histoire a fait naître un lien indescriptible entre ton Papa et moi. Cette sensation nous l’avons ressenti tous les deux au fur et à mesure que cette journée du 26 mars 2006 avançait.

 

Depuis ce jour ton papa est le pilier de ma vie, c’est en lui que j’ai décidé de croire, et il a été ma bouée de sauvetage. Il m’a souvent répété que quoi qu’il arrive sous serions tous les deux et que rien ne changerait jamais…

Aujourd’hui je suis certaine que sans Toi l’Amour ne serait pas le même.

 

 

Demain tu aurais du souffler ta 3ème bougie et le plus beau cadeau que j’avais envie de te faire c’est de te rappeler combien ton Papa t’aime, combien tu lui manques mais aussi à quel point tu bouleverses chaque jour notre Vie. Là encore les mots sont trop pauvres face à notre réalité….

 

 

...On t’aime Petite Fée…

 

 

 


Commentaires

 

1. ptitescanailles  le 29-08-2009 à 20:40:23  (site)

bonsoir,c'est avec une grande tristesse que je découvre votre histoire si injuste...j'en ai les larmes aux yeux et j'imagine qu'il n'y rien de pire au monde que de perdre ses enfants...je partage votre douleur...les anges ne meurent jamais,ils restent éternels dans nos coeurs.courage à vous.amitiés

2. famillenormande  le 29-08-2009 à 21:23:20  (site)

c'est avec beaucoup d'émotion que je lis vos quelques lignes, bravo à vous pour votre courage, j'ai connu une fausse couche et déjà c 'est terrible alors votre histoire quoi en dire ??
je vous souhaite autant de bonheur possible
Une Maman

3. minouche145  le 01-09-2009 à 10:02:35  (site)

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Kikou me revoilou !!!
Tout d’abord je vous remercie beaucoup
Pour tous les commentaires
Que vous m’avez laissé
Pendant ma longue absence,
Cela fait chaud au cœur
De voir que l’amitié virtuelle
Existe bel et bien et cela me fait bien plaisir
Les enfants et moi-même
Avons passé un mois de rêve à Ostende
Ma ville de vacances préférée
Ma ville de cœur
Que de souvenirs !!! A chaque coin de rue
Tous les souvenirs de ma tendre enfance
Ressurgissaient !!! le temps du bonheur
De l’insouciance aussi, tous ces bons moments
De ma maman, ma sœur
Mon frère et ma belle-sœur
Tous aujourd’hui partis pour cet autre monde
Dont on ne revient jamais…
Mais je sais qu’ils étaient là,
Tout près de moi tout au long de ce superbe mois !!!
Nous avons eut un temps splendide tout le mois
Et nous sommes tous les trois bronzés
De cette belle couleur ambrée qu’on ne trouve qu’à la côte !!!
De vrais pains d’épices lolll
Bon assez parlé de moi,
Comment vas-tu ?
J’espère que tout s’est bien passé pour toi
Durant ce mois d’Août,
Que tu as bien profité de tes congés,
Et que tu t’es ressourcée de repos,
De bonheur, et d’amour …
Toutes ces petites choses qui nous rendent heureux et nous donnent
La « pêche » pour entamer une nouvelle année de boulot
Ou d’études . Mon petit Samy reprend aujourd’hui
1er septembre, il rentre en 6ème primaire
Et Chaymaà rentre le 2 en 4ème secondaire
On est repartit pour un an …
Je te souhaite un très agréable mardi
Gros bisous et encore merci pour ta belle amitié

c'est très joli ce que tu écris et très émouvant aussi
ta petite fée veille sur vous trois ainsi que son grand frère
bizzzzz

4. vanessa76500  le 10-09-2009 à 20:25:18

Des mots magnifiques pour parler d'une histoire si tragique... Chaque mot nous fait ressentir l'amour entre vous et votre fée...
Que dire ? Je pense qu'aucun mot ne peut apaiser cette douleur...

5. fleurdefeu  le 10-09-2009 à 20:48:21  (site)

Bonsoir,

Très émue par votre épreuve...
En lisant vos mots, malgré le tragique , ho combien il y a d'amour !
Que dire de plus...je suis avec vous par la pensée.
Merci d'avoir partager cela avec nous.
Tendresse
Corinne

6. oups007  le 21-09-2009 à 09:12:56  (site)

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitbonjour , c'est avec ces quelques mots douceurs que l'on passe te souhaiter un doux lundi et une bonne semaine, on te fais d'énormes bisouxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx tendresse la fée plume et les merveilleux lutins

 
 
 
posté le 25-07-2009 à 17:52:57

Juste du vide...

"Arretez les pendules, coupez le téléphone
Empechez le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne ;
Faire taire les pianos et sans roulement de tambour,
Sortez le cercueil avant la fin du jour


Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent dans le ciel ces trois mots : Il est mort.
Nouez des voiles noires aux colonnes des édifices
Gantez de noir les mains des agents de police...


Il etait mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste
Mon midi, mon minuit ; ma parole, ma chanson
Je croyais que l'amour jamais ne finirait,
J'avais tort...


Que les etoiles se retirent, qu'on les balaye,
Demontez la lune , et le soleil
Videz l'océan, arrachez la foret
Car rien de bon ne peut advenir desormais. "

 

Wystan Hugh Auden 

 


 
 
posté le 01-06-2009 à 20:06:05

Quatre ans d'absence mon Bébé

Mon P'tit Bonhomme,

 

Il y a 4 ans aujourd'hui notre dernière journée auprès de Toi touchait à sa fin, ta Vie près de nous tout simplement s'achevait...

 

Avec le temps je me dis encore "si j'avais su..."

Oui si j'avais su j'aurais profité plus longuement de ces moments où je pouvais encore te toucher, t'embrasser, te serrer, te baigner, te câliner, te consoler...

Si j'avais su je n'aurai pas fermé les yeux et j'aurais veillé une nuit entière pour que la mort recule devant ton berceau, j'aurais chassé ce mauvais sort... j'aurais du moins voulu essayer...

 

Si j'avais su....

 

Le temps qui passe nous aide à prononcer ton prénom sans avoir la gorge qui se serre et les yeux qui se remplissent de larmes, il nous apprend à vivre avec ces si beaux souvenirs que tu nous as laissés et ces si belles leçons que tu nous as apprises.

Le temps qui passe lisse doucement ces dernières images que j'ai de toi et qui hantent encore si souvent mes nuits, il lisse la douleur pour la rendre plus supportable.

 

Le temps file à toute vitesse et nous entraîne avec lui. On se remet lentement de nos blessures même si on garde à tout jamais cette cicatrice ancrée dans notre peau, dans notre âme et dans notre coeur...

On oublie de plus en plus que la Vie nous a trahie et petit à petit la confiance revient.

 

Lentement on renaît sans racine et on s'accroche à tout ce qui reste immuable : le souvenir de ta naissance et ces longs moments à t'observer, cette fierté qui nous a gagné quand on a pu dire enfin "c'est notre fils",  ce sentiment intense et bouleversant que l'on ressent la première fois que l'on s'entend dire "oui je suis maman", ce Bonheur que tu nous as offert pendant 31 jours...

 

Tous ces moments partagés, ressentis, avec des larmes de joie ou des sourires incontrôlables, tous ces instants où je t'ai senti bouger, où je t'ai vu grandir, me regarder, me transpercer... Ces instants de tendre complicité avec ton Papa, ta petite main glissée dans la sienne qui paraissait immense, ta tête qui se cachait dans son cou et tes pleurs calmés au simple son de nos voix....

 

Tout cela est imprégné dans mes veines et je n'en oublie pas un morceau.

 

Le temps fait son chemin... Nous aussi....

 

C'est vrai qu'au fil du temps la culpabilité se fait plus sourde, mais aussi vrai que je me souviens de Toi, la culpabilité ne me quitte pas !

"Si j'avais su..."

 

Ce soir c'est sur je repenserai à Toi en me demandant ce qui a bien pu échapper à ma vigilence il y a quatre ans, je me questionnerai encore pour comprendre ce qu'on ne m'explique toujours pas...

 

Mais aucun "Si" n'a sa place dans cet Amour que je ressens pour Toi. Tu nous as soudé plus que jamais avec Ton Papa et aujourd'hui on t'envoie tous les deux nos plus Gros Je t'aime !

Théo, Si tu savais à quel point tu nous manques...

 

 

 

 


Commentaires

 

1. feeline  le 01-06-2009 à 20:21:56  (site)

bonsoir c'est bien la premiere sur vef que quelqun me m'est les larme aux yeux!!je suis tres toucher emue!! j'ai 2 enfants et je peu comprendre cette douleurs c'est bien de vous exprimer et sa donne a reflechir avec nos enfant!! je vous embrasse vraiment tres fort!!! féeline

2. Jujue  le 02-06-2009 à 11:42:47

Toute la tribue pense fort à toi Théo, tu manques aussi à notre vie.

Veille sur tes parents et ton petit frère.

On ne t'oublie pas Amoureux1

Tendres bisous Amoureux1

4. Andreia  le 02-06-2009 à 20:57:50

smiley_id124453Toutes mes pensées s'envolent vers toi Théo. smiley_id124453

Tu manques tant ici bas...

Je sais que toi et ta soeur, n'êtes jamais très loin de vos parents, et de votre frère.

Ils ont deux magnifiques étoiles qui veillent sur eux.

De doux baisers à tous, je pense très fort à vous.

Andreia smiley_id117729

 
 
 
 

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